Imaginez un maire de bord de mer, en pleine campagne municipale de 2014, qui fonde tranquillement un petit parti sans faire de bruit. Personne ne parie alors un centime sur son avenir. Dix ans plus tard, cette structure discrète revendique plus de 11 000 adhérents et son fondateur se positionne comme l’une des voix qui comptent pour 2027. Nous avons voulu comprendre comment Nouvelle Énergie est passée d’une initiative locale cannoise à un mouvement national structuré, et ce que cette trajectoire raconte de la recomposition en cours à droite.
Un maire de Cannes qui refuse le costume classique de la droite
David Lisnard n’a rien du parachuté parisien. Élu maire de Cannes en 2014, il gravit ensuite les échelons de la représentation locale jusqu’à présider l’Association des maires de France, une fonction qui lui donne une vue d’ensemble rare sur les difficultés concrètes des collectivités. Ce détour par le terrain municipal, loin des cabinets ministériels, façonne son discours : il parle de bureaucratie, de délais administratifs et de fiscalité locale avec le vocabulaire de celui qui gère un budget réel, pas celui qui théorise depuis un ministère.
Cette différence de trajectoire explique en partie pourquoi Nouvelle Énergie n’est pas née d’un calcul d’appareil. Elle porte davantage la marque d’une conviction personnelle, mûrie au contact des administrés, que celle d’une stratégie de carrière classique montée par des conseillers.
2014, l’année où tout commence dans l’ombre des municipales
Peu de gens le savent, mais Nouvelle Énergie voit le jour dès 2014, à l’occasion des élections municipales, dans une relative discrétion. Le parti reste alors une structure d’appui local, sans ambition nationale affichée, presque un outil de campagne parmi d’autres.
Il faudra sept années pour que cette graine plantée à Cannes prenne une autre dimension. Ce délai n’a rien d’un hasard : David Lisnard consolide d’abord son assise locale et sa légitimité via l’AMF avant de tenter le grand saut. La patience, ici, ressemble presque à une méthode.
Le lancement national de juin 2021, un pari assumé
Le 9 juin 2021, à Paris, le ton change. David Lisnard annonce le déploiement national de son parti, sans pour autant se déclarer candidat à la présidentielle. L’objectif affiché est clair : porter un projet de gouvernement pour lutter contre ce qu’il appelle le déclassement de la France.
Ce jour-là, il présente aussi les valeurs fondatrices du mouvement : liberté, responsabilité, autorité, performance, indépendance, souveraineté et unité. Un catalogue qui pourrait sembler abstrait sur le papier, mais qui prend tout son sens quand on l’associe aux constats qu’il dresse alors : déclin industriel, délabrement budgétaire, délitement régalien. Nous retrouvons là une rhétorique du diagnostic sévère, suivie d’une promesse de sursaut, un ressort classique mais efficace en politique.
Ce que Nouvelle Énergie met vraiment sur la table
Se revendiquant du libéralisme classique et de l’ordolibéralisme, avec une filiation assumée à l’héritage pompidolien, Nouvelle Énergie défend une ligne de réduction du rôle de l’État et de dérégulation économique. Le programme s’articule autour de plusieurs priorités concrètes que l’on peut résumer ainsi :
- Baisse de la fiscalité de production et allègement des prélèvements obligatoires sur les entreprises et les particuliers
- Réforme des retraites orientée vers le retour à l’équilibre des comptes publics
- Assouplissement des règles du marché du travail pour favoriser l’initiative privée
- Simplification radicale des normes et réduction de moitié du nombre de textes de loi
- Ligne migratoire restrictive, avec durcissement du regroupement familial et remise en cause du droit du sol automatique
- Politique de sécurité ferme, notamment contre le narcotrafic et l’islamisme radical
Ce qui frappe dans cette architecture programmatique, c’est sa cohérence interne. Chaque proposition renvoie à un même fil directeur : moins de bureaucratie, plus de responsabilité individuelle.
Une structure qui grandit, antenne par antenne
Le parti ne s’est pas contenté d’un lancement médiatique parisien. Dès 2023, Nouvelle Énergie revendique une cinquantaine d’antennes locales, un maillage qui s’est encore densifié depuis. En 2025, le mouvement affirme dépasser les 11 000 adhérents, dont une centaine rien que dans le Gard, où des référents comme Olivier Jalaguier, Florent Grau ou Guillaume Rosenberg animent la section départementale.
Cette progression territoriale, région après région, donne au parti une texture différente des mouvements purement médiatiques. Nous avons rarement vu un parti aussi jeune s’implanter avec cette régularité sur le terrain, plutôt que de se limiter à des coups de communication ponctuels.
Des visages qui rejoignent l’aventure
Un mouvement politique se juge aussi aux personnalités qu’il attire. En 2024, l’ancien secrétaire d’État Hervé Novelli est nommé responsable du projet politique de Nouvelle Énergie, un choix qui apporte de l’épaisseur institutionnelle à une structure encore jeune. La même année, David Lisnard s’affiche aux côtés de François-Xavier Bellamy lors des vœux du mouvement, un signal de rapprochement avec certaines composantes de la droite classique.
À l’intérieur du parti, Alexandra Martin, députée des Alpes-Maritimes, occupe le poste de secrétaire générale, tandis que Romain Marsily dirige les groupes de travail en tant que directeur général. Cette équipe, resserrée mais identifiable, contraste avec l’image floue que traînent parfois les partis émergents.
Le cap 2027, quand Nouvelle Énergie regarde la présidentielle en face
Depuis 2023, la trajectoire s’accélère nettement. L’inauguration d’un siège national à Paris marque un tournant symbolique, celui d’un mouvement qui cesse de fonctionner comme une simple structure de soutien pour devenir un véritable outil de conquête. David Lisnard assume désormais sa stratégie sans détour, refusant l’idée d’une primaire à droite qu’il juge inutile.
Sa formule résume assez bien sa vision : Nouvelle Énergie porte une ligne de constance, libérale sur le plan économique, sécuritaire et éducative. Trois axes, répétés avec une régularité presque militaire, qui donnent au discours une lisibilité que d’autres candidatures de droite peinent parfois à offrir.
La doctrine Lisnard, entre liberté et fermeté
Au fil des mois, une formule s’est imposée pour synthétiser sa pensée : plus de libertés pour ceux qui produisent, plus d’autorité contre ceux qui nuisent. Cette phrase, simple en apparence, condense en réalité une vision cohérente de l’action publique, où la responsabilité individuelle devient le critère central de jugement des politiques menées.
Sur l’école, il défend une exigence retrouvée, davantage d’autonomie pour les établissements et un vrai libre choix pour les familles, loin des logiques qu’il qualifie d’égalitarisme bureaucratique. Nous trouvons cette ligne convaincante précisément parce qu’elle ne cède pas à la facilité des mesures fourre-tout : chaque proposition s’articule avec les autres, ce qui manque cruellement à certaines offres politiques concurrentes, souvent plus habiles en communication qu’en cohérence de fond.
Pourquoi ce mouvement compte dans le paysage actuel
Positionner Nouvelle Énergie relève d’un exercice délicat, quelque part entre les Républicains historiques et une droite plus libérale proche de Renaissance. Mais ce qui distingue réellement ce parti, c’est sa constance : dix ans d’existence, une ligne idéologique qui n’a pas varié depuis 2014, et un ancrage local vérifiable plutôt qu’une simple bulle médiatique montée pour une échéance électorale.
Dans un paysage politique où les partis naissent et disparaissent au rythme des sondages, cette longévité mérite d’être soulignée. Nous suivrons avec attention si cette base solide suffira à transformer l’essai en 2027.







