Pasdaran : qui sont les Gardiens de la révolution en Iran

En Iran, deux armées cohabitent, mais une seule détient le véritable pouvoir. Vous avez probablement entendu parler de l’armée régulière iranienne, l’Artesh, celle qui défend les frontières. Mais connaissez-vous vraiment les Pasdaran ? Officiellement, ils ne sont qu’une milice paramilitaire créée en 1979. Dans les faits, ce sont eux qui tiennent les rênes du pays. Économie, politique étrangère, répression intérieure : leur emprise est totale. En Occident, nous sous-estimons souvent cette réalité. Les Gardiens de la révolution ne sont pas simplement un corps militaire, ils incarnent l’État profond iranien, celui qui survit aux présidents et façonne le destin du pays. Nous parlons ici d’une organisation qui dispose de son propre budget, de ses propres entreprises, de ses propres lois. Une entité qui ne rend de comptes qu’à une seule personne : le Guide suprême. Vous voulez comprendre l’Iran ? Alors il faut comprendre les Pasdaran. Parce que sans eux, le régime des mollahs ne tiendrait pas une semaine.

Une milice née de la méfiance de Khomeini

Le 5 mai 1979, trois semaines à peine après la proclamation de la République islamique, l’ayatollah Khomeini signe un décret qui va transformer l’Iran pour toujours. Il crée le Sepah-e Pasdaran-e Enghelab-e Islami, littéralement le Corps des Gardiens de la révolution islamique. Cette décision n’a rien d’anodin. Khomeini ne fait confiance à personne, pas même à l’armée régulière qu’il vient de récupérer. L’Artesh, formée sous le Shah, reste suspecte à ses yeux. Trop de généraux, trop d’officiers loyaux à l’ancien régime. Khomeini a besoin d’une force qui lui obéisse aveuglément, une milice idéologique prête à tout pour protéger sa révolution.

Les premiers Pasdaran sont 4 000 hommes recrutés parmi les milices révolutionnaires locales, des combattants issus de groupes armés islamistes qui ont participé au renversement du Shah. Leur mission initiale ? Écraser toute opposition non-islamiste. Car en 1979, Khomeini doit composer avec des groupes armés communistes, laïcs, kurdes, qui ont aussi pris part à la révolution mais ne partagent pas sa vision théocratique. Les Pasdaran deviennent rapidement la machine à broyer ces dissidences. Ils répriment les Kurdes au nord-ouest, les Baloutches au sud-est, écrasent les manifestations à Tabriz. Dès le départ, leur vocation n’est pas la défense nationale, mais la terreur politique au service du régime.

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Un État dans l’État qui ne répond qu’au Guide suprême

Nous touchons ici à l’anomalie constitutionnelle la plus flagrante de la République islamique. Les Pasdaran ne dépendent ni du président, ni du gouvernement, ni du parlement. Ils sont placés sous l’autorité directe et exclusive du Guide suprême, aujourd’hui Ali Khamenei. Cette architecture du pouvoir contourne totalement les institutions démocratiques, même formelles. Pendant que l’Artesh, l’armée régulière, se contente de défendre les frontières comme n’importe quelle force conventionnelle, les Gardiens de la révolution protègent l’idéologie, le régime, les mollahs. Leur loyauté ne va pas à l’Iran en tant que nation, mais à la République islamique en tant que système.

Aujourd’hui, les Pasdaran comptent entre 150 000 et 200 000 membres selon les estimations. Ils sont mieux payés, mieux équipés, mieux entraînés que l’Artesh. Cette schizophrénie institutionnelle crée une rivalité permanente entre les deux forces armées, mais le rapport de force ne fait aucun doute : les Pasdaran ont gagné. Ils contrôlent les programmes stratégiques, le nucléaire, les missiles balistiques, les opérations extérieures. L’armée régulière survit, mais elle ne pèse plus rien face à cette milice devenue État dans l’État.

L’empire économique des Gardiens : bien plus que des soldats

Voici l’angle que beaucoup d’analyses occidentales négligent : les Pasdaran ne sont pas qu’une force militaire, ce sont aussi un empire industriel. Ils contrôlent des pans entiers de l’économie iranienne. Construction, télécommunications, énergie, import-export : leur mainmise est tentaculaire. Officiellement, leur budget militaire oscille entre 6 et 9 milliards de dollars par an, soit environ 40% du budget de défense total du pays. Mais ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité.

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Leurs revenus réels, générés par leurs activités commerciales et leurs entreprises écrans, dépassent largement ces montants. Cette puissance économique leur garantit une autonomie financière et politique totale. Nous ne parlons plus d’une milice, mais d’un véritable cartel militaro-industriel qui échappe à tout contrôle parlementaire ou budgétaire. Les Pasdaran sont à la fois l’armée, la police, les services secrets et les patrons de grandes entreprises. Cette concentration de pouvoir explique pourquoi aucun président iranien, aussi réformateur soit-il, n’a jamais réussi à les contrer. Ils possèdent l’argent, donc ils possèdent le pouvoir.

Force Al-Qods et projection régionale : le bras armé à l’étranger

Si les Pasdaran incarnent le bras armé du régime à l’intérieur, la Force Al-Qods représente leur projection à l’extérieur des frontières. Cette unité d’élite, dirigée jusqu’en janvier 2020 par le général Qassem Soleimani, assassiné par une frappe américaine, mène des opérations spéciales, du renseignement, et surtout apporte un soutien logistique et militaire aux milices chiites du Moyen-Orient. C’est le véritable instrument de la politique étrangère iranienne, bien plus efficace que la diplomatie officielle. Irak, Syrie, Yémen, Liban avec le Hezbollah : partout où l’Iran veut peser, Al-Qods intervient.

À côté de cette force d’élite, il faut mentionner les Bassidji, ces volontaires paramilitaires dont les effectifs varient entre 600 000 et 900 000 selon les sources. Leur rôle : maintenir l’ordre à l’intérieur, réprimer les manifestations, servir de réservoir de combattants en cas de conflit. Les Pasdaran fonctionnent donc comme une structure à plusieurs niveaux, chacun avec des missions spécifiques. Le tableau suivant récapitule cette organisation complexe :

Branche Effectifs Mission principale
Terre Variable Défense du territoire et répression intérieure
Mer Variable Contrôle du Golfe Persique et détroit d’Ormuz
Air Variable Défense aérienne et programme de missiles
Force Al-Qods 15 000 à 20 000 Opérations spéciales à l’étranger, soutien aux milices
Bassidji 600 000 à 900 000 Répression intérieure, maintien de l’ordre moral

Cette structure militaire hybride permet aux Pasdaran d’être présents sur tous les fronts, du contrôle des mosquées de quartier aux champs de bataille syriens.

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Répression et terreur : les agents du régime contre le peuple

Parlons maintenant de ce qui fait des Pasdaran les bourreaux du régime. Leur rôle dans la répression des Iraniens n’est plus à prouver. Depuis des décennies, ils interviennent systématiquement lors des mouvements de contestation. 1999, manifestations étudiantes écrasées dans le sang. 2003, nouvelles répressions. 2009, Mouvement vert après la réélection frauduleuse d’Ahmadinejad : arrestations massives, tortures, exécutions. Novembre 2019, manifestations contre la hausse du prix de l’essence : au moins 1 500 morts selon certaines estimations, abattus dans les rues par les forces des Pasdaran et des Bassidji.

Puis vient 2022, avec la mort de Mahsa Amini, cette jeune femme de 22 ans arrêtée par la police des moeurs pour port incorrect du voile et décédée en détention. Les manifestations qui suivent embrasent tout le pays. Les Pasdaran répondent avec la violence qu’on leur connaît : balles réelles, arrestations arbitraires, condamnations à mort expéditives. En janvier 2026, l’Union européenne franchit enfin un cap symbolique en classant les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste. Les États-Unis l’avaient déjà fait en 2019. Cette reconnaissance tarde, mais elle nomme enfin la réalité : les Pasdaran ne protègent pas les Iraniens, ils les terrorisent.

Le nouveau visage du pouvoir : Mojtaba Khamenei et les Pasdaran

En mars 2026, un événement confirme l’emprise des Pasdaran sur l’avenir de l’Iran. Mojtaba Khamenei, fils du Guide suprême Ali Khamenei, est nommé nouveau Guide suprême. Immédiatement, les Gardiens de la révolution annoncent publiquement leur allégeance dans une déclaration relayée par les médias d’État : « La Garde, en tant que puissant soldat et bras armé du guide suprême, est prête à suivre les ordres du guide suprême Mojtaba Khamenei. » Ce serment n’est pas qu’un rituel protocolaire. Il scelle une continuité dynastique rendue possible uniquement grâce au soutien des Pasdaran.

Sans eux, cette succession familiale aurait été contestée, fragilisée. Avec eux, elle devient indiscutable. Nous assistons à une forme de pacte : les Pasdaran garantissent la pérennité du régime théocratique, et en échange, ils conservent leur pouvoir économique et militaire. Jusqu’où ira cette emprise ? Difficile à dire. Des fractures internes existent, des tensions entre factions dures et plus pragmatiques. Mais une certitude demeure : tant que les Pasdaran contrôleront l’économie, ils existeront. Et tant qu’ils existeront, le régime tiendra. Ce cercle vicieux enferme l’Iran dans une impasse dont seul le peuple iranien, un jour peut-être, trouvera la sortie.

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