Mars 2026. À Six-Fours-les-Plages, commune varoise de 37 000 habitants, un scrutin à couper le souffle vient de redistribuer les cartes. Vingt et une voix. Voilà l’écart qui a fait basculer trente ans de règne local. Nous assistons à l’un de ces moments où l’Histoire se joue au bulletin près, où chaque électeur compte vraiment. Le Rassemblement National arrache la mairie face aux Républicains dans un climat d’une tension exceptionnelle. Cette victoire à l’arraché symbolise une transformation profonde du paysage politique varois, un basculement qui pose question.
Frédéric Boccaletti : le nouveau maire qui a fait tomber un bastion
Frédéric Boccaletti devient maire de Six-Fours-les-Plages le 27 mars 2026 avec 50,06% des voix, soit exactement 9 440 suffrages contre 9 419 pour son adversaire. Né le 23 novembre 1973 à Martigues, ce cadre administratif de 52 ans incarnait jusqu’alors la circonscription en tant que député RN du Var. Il abandonne son mandat parlementaire pour prendre les rênes de la commune.
Son installation à la mairie s’est déroulée dans une atmosphère électrique, la salle bondée à l’intérieur comme à l’extérieur. Dans son premier discours officiel, Boccaletti a appelé au rassemblement et promis de maintenir les projets engagés par son prédécesseur. Mais cette victoire microscopique ne ressemble en rien à un triomphe, plutôt à une conquête disputée pied à pied. Le nouveau maire hérite d’une commune coupée en deux, presque à parts égales, où l’opposition dispose de 9 sièges sur 39 au conseil municipal.
Cette élection marque un tournant historique pour Six-Fours. Jamais le RN n’avait réussi à prendre cette ville, malgré plusieurs tentatives. En 2014 déjà, Boccaletti affrontait Vialatte et s’inclinait avec plus de 2 600 voix d’écart. Douze ans plus tard, le rapport de force s’est inversé dans un contexte de montée continue de l’extrême droite dans le département.
Jean-Sébastien Vialatte : trente ans de règne et une défaite à 21 voix
L’homme qui vient de perdre Six-Fours avait tout vu venir. Sa femme lui avait dit : « Si le Front national t’avait mis en face un médecin de 40 ans propre sur lui, tu aurais été battu. » Jean-Sébastien Vialatte, pharmacien-biologiste de formation, a dirigé la commune de 1995 à 2026 sans discontinuer. Une longévité rarissime en politique locale, trente années durant lesquelles il a façonné Six-Fours à son image.
Né le 30 janvier 1951 à Saint-Étienne, Vialatte incarnait cette droite républicaine ancrée localement, membre des Républicains (anciennement UMP). Outre son mandat de maire, il a siégé comme député du Var de 2002 à 2017, représentant la septième circonscription durant trois législatures. Plus récemment, il occupait le poste stratégique de vice-président délégué à la Culture, au Patrimoine et aux Paysages au sein de la Métropole Toulon Provence Méditerranée, un domaine qu’il affectionnait particulièrement avec un budget de 40 millions d’euros en fonctionnement.
Quelques mois après sa défaite, l’ancien édile s’exprime sans amertume dans la presse locale : « Je vais très bien, j’ai quand même conscience de représenter 50% des Six-Fournais. » Cette lucidité tranche avec l’aigreur qu’auraient pu susciter ces 21 malheureux bulletins manquants. Vialatte reste conseiller municipal, siégeant désormais dans l’opposition qu’il n’avait jamais connue.
| Information | Détails |
|---|---|
| Nom complet | Jean-Sébastien Vialatte |
| Date et lieu de naissance | 30 janvier 1951 à Saint-Étienne (Loire) |
| Formation professionnelle | Pharmacien-biologiste |
| Parti politique | Les Républicains (ex-UMP) |
| Mandat de maire | 1995 – 2026 (six mandats successifs) |
| Mandat de député | 2002 – 2017 (Var, 7ème circonscription) |
| Autres fonctions | Vice-président Culture, Patrimoine et Paysages – Métropole TPM |
Le duel de mars 2026 : anatomie d’un basculement politique
Le premier tour du 15 mars donne le ton : Boccaletti récolte 7 999 voix (45,23%), devançant Vialatte qui obtient 7 933 suffrages (44,86%). Seulement 66 voix d’écart. La liste de gauche menée par Pascal Cabras termine à 9,91% avec 1 752 bulletins, un score qui va peser lourd dans la suite des événements.
Entre les deux tours, la triangulaire tant redoutée par le camp républicain ne se concrétise pas. Cabras ne maintient pas sa liste, mais aucune fusion n’a lieu non plus. Les électeurs de gauche se retrouvent face à un choix binaire : voter RN, voter LR, ou s’abstenir. La participation grimpe légèrement à 62,49% contre 58,22% au premier tour, signe que l’enjeu mobilise.
Le 22 mars, le suspense reste entier jusqu’au dernier bureau dépouillé. Les premières estimations donnaient même Vialatte légèrement en tête. Finalement, c’est Boccaletti qui l’emporte avec cet écart dérisoire de 21 voix. Un décompte serré qui illustre la fracture politique traversant cette ville balnéaire. Sur 18 859 suffrages exprimés, chaque bulletin compte vraiment. Le RN obtient 30 élus, LR seulement 9, mais le score en pourcentage raconte une autre histoire : celle d’une commune profondément divisée.
Le Var, laboratoire de la droitisation et de la montée du RN
Six-Fours ne constitue pas un cas isolé dans le paysage politique varois. Le département est devenu un véritable laboratoire de l’implantation locale du RN, qui grignote méthodiquement les bastions historiques de la droite républicaine. La Seyne-sur-Mer, La Valette-du-Var, et maintenant Six-Fours : trois communes de la Métropole Toulon Provence Méditerranée sont passées sous contrôle de l’extrême droite.
Cette dynamique traduit une absorption progressive, presque mécanique, de l’électorat traditionnel des Républicains par le Rassemblement National. Le Var illustre ce phénomène avec une acuité particulière. Là où la droite classique régnait sans partage pendant des décennies, le RN s’impose désormais dans les villes moyennes et petites communes, capitalisant sur une stratégie d’implantation locale patiente et méthodique.
Cette bascule pose une question centrale : assistons-nous à une simple migration d’électeurs ou à une transformation plus profonde du vote de droite ? Les 21 voix d’écart à Six-Fours suggèrent que le basculement reste fragile, réversible. Mais la tendance départementale montre une lame de fond difficile à endiguer pour les formations républicaines traditionnelles.
Les contentieux et l’opposition : une mandature qui démarre dans la tension
L’histoire ne s’arrête pas le soir du 22 mars. Dès le 30 mars, soit quelques jours après l’installation officielle du nouveau maire, des recours sont déposés devant le tribunal administratif de Toulon. L’équipe de Jean-Sébastien Vialatte, par la voix de Jérémy Vidal, avocat et candidat malheureux, conteste le scrutin sur plusieurs points : les conditions de la campagne électorale, l’entre-deux-tours particulièrement tendu, et le déroulement même des opérations de vote le 22 mars.
Ces protestations électorales invoquent des « moyens de droit particulièrement sérieux » selon les demandeurs, qui visent l’annulation pure et simple de l’élection. Des irrégularités auraient été constatées dans plusieurs bureaux de vote. Le tribunal pourrait se prononcer avant la fin de l’année 2026, dans le délai légal de trois mois imposé pour ce type de contentieux.
Cette procédure judiciaire plane comme une épée de Damoclès sur le début de mandat de Boccaletti. Si l’annulation était prononcée, les Six-Fournais devraient retourner aux urnes. Dans l’intervalle, le nouveau maire gouverne avec une opposition nombreuse, motivée, et qui ne lâche rien. Le climat politique local reste extrêmement tendu, la commune fracturée entre deux camps quasi égaux en nombre.
Quel avenir pour Six-Fours sous mandat RN ?
Les six années à venir s’annoncent déterminantes pour Six-Fours. Frédéric Boccaletti promet de maintenir les projets engagés par son prédécesseur, notamment la rénovation controversée de la piscine municipale de la Repentance dont il a présenté une refonte début juillet 2026. Mais au-delà des dossiers d’équipement, c’est toute une ligne politique qui se dessine.
Comment gouverner avec 50,06% des voix et une opposition qui en représente presque autant ? Jean-Sébastien Vialatte reste conseiller municipal, présent à chaque conseil pour défendre les 9 419 électeurs qui lui ont accordé leur confiance. Cette cohabitation forcée entre ancienne et nouvelle majorité promet des séances houleuses. Le nouveau maire pourra-t-il imposer sa vision sans provoquer de blocages permanents ?
Les électeurs de Six-Fours ont tranché par la plus courte des marges. Certains y verront une sanction du maire sortant après trente ans de pouvoir, d’autres un vote d’adhésion au projet RN. La vérité se situe probablement entre les deux. Une chose est certaine : Six-Fours devient un observatoire fascinant de la gestion municipale d’extrême droite dans une commune divisée. Les prochaines municipales en 2032 diront si cette bascule était un accident ou une transformation durable.







